Impossible de ne pas passer au crible le dernier coup d’éclat de Rick Ross avec Rather You Than Me. Malgré ses errements récurrents du côté du registre trap, le Boss est parvenu à nous toucher avec des morceaux plus introspectifs qu’à l’accoutumée. Analyse.

 

Rick Ross Rather You Than Me Chronique BNHH

 

On n’attendait plus grand chose du rappeur. Son heure de gloire déjà passée, on se dit qu’il aura le plus grand mal à se renouveler car oui, Rick Ross n’est pas des rappeurs des plus talentueux même si on adore. Alors on est là à attendre attend que Renzel nous sorte UN, encore un album de qualité. A priori, Rather You Than Me ne se prédestine pas à être cet album. Une cover du niveau de Port of Miami (c’est-à-dire nulle !) alors qu’il nous avait habitué à mieux ; des singles qui ne font plus sauter au plafond, voir même plus sauter du tout. Alors on entame Rather You Than Me avec déjà un arrière goût de lassitude, sans rien avoir rien écouté, pensant devoir mettre le 3ème album de suite de l’artiste sur la pile « sans intérêt » après Hood Billionnaire et Black Market. Le creux de la vague n’est-ce pas ??? Mais on est ravi de dire qu’on s’est trompés !!

On apprécie Rick Ross pour différentes raisons : pour sa voix opulente mais suave, sa capacité à poser cette voix sur des bangers dirty mais également sur des prods soulful avec une élégance sans égal, mais certainement pas pour sa plume. Et pourtant c’est la plus grosse évolution que l’on constate dans cet album. On met au défi quiconque de trouver un album de Rick Ross avec ce niveau d’écriture.

Dès de la sortie de l’album, vous avez sûrement entendu parler de cette ligne concernant Nicky Minaj et Meek Mill qui à littéralement cassé l’Internet (I told Meek I wouldn’t trust Nicky / Instead of beefing with your friend you just give him some distance). Mais le morceau qui a le plus attiré notre attention est Idols become rivals. Ici, il ne s’agit pas d’un homme qui en déteste un autre comme dans n’importe quel autre diss track – c’est plus profond que ça. Le message que Rick Ross lance à Birdman transpire de sincérité mais ne sent en rien la malveillance car, comme Rick Ross le répète plusieurs fois dans le morceau, il respecte toujours Birdman, malgré ce qu’il lui reproche. Et c’est en ça que le track est surprenant et exceptionnel car si vous l’avez remarqué : IL N’INSULTE PAS BIRDMAN.

La sincérité est le pierre angulaire de ce nouvel opus. C’est en cet aspect que Rather You Than Me est plaisant car en soi, la recette est toujours la même : des beats trap et des ambiances soulful luxueuses. Rien de nouveau. Néanmoins, il a ajouté un élément qui jusqu’à présent ne faisait pas partie son arsenal – ou du moins qu’il à souvent sous exploité – : LA VULNÉRABILITÉ. Pendant une heure, le rappeur nous emmène dans son monde, non pas le monde d’un personnage inventé de toutes pièces qui vend 500 tonnes de drogues la minute comme il avait coutume de faire, non. Pour la première fois en 9 albums, on a l’impression d’avoir entendu William Leonard Roberts II rapper et partager sa vie au quotidien. Lui qui va voir Meek Mill en prison et le conseillant sur sa relation avec Nicki Minaj. Lui ayant une crise d’épilepsie lors du dernier super bowl, et avouant même sur Game ain’t based on Sympathy qu’il n’a jamais été un GANGSTER ! (Never was a gangster, I just wanted in/No longer could I deny that I wanted a Benz). Tout ceci en faisant passer cette fameuse ÉMOTION à laquelle on tient. C’est en quelque sorte une nouvelle personne que l’on découvre, 10 ans après l’avoir connu et ça, c’est une vraie performance.

Que dire des morceaux dirty south de l’album ? Pas grand chose malheureusement. Cela fait d’ailleurs quelques temps que les morceaux trap de notre protagoniste ne font plus effet. Pour aller plus loin, depuis Téflon Don, et cette magnifique alchimie qu’il a créée avec Lex Luger, Rick Ross n’a jamais su se renouveler sur cet aspect. Si bien qu’il donne l’impression d’être DÉPASSÉ par l’évolution de la musique south car pendant ce temps, d’autres artistes font les beaux jours de la trap sans que lui fasse partie intégrante de ce mouvement. Le morceau qui reflète le plus cette impression est She On My Dick. Si ce morceau n’est pas un leftover qui traîne dans un disque dur depuis 6 ans, c’est qu’il y a clairement un problème. Pareil pour le morceau avec Nas qui est d’un vide ABYSSAL ! Depuis l’excellent TRIPLE BEAM DREAMS, ces deux là s’entêtent à essayer de recréer cette complicité qui a été la leur le temps d’un morceau, en vain… On vous incite à écouter Dead Presidents et Summer Seventeen à la suite et découvrir à quel point les productions se ressemblent jusqu’à en perdre leurs intérêts.

Espérons simplement maintenant que Rozay nous lise et garde cette honnêteté qu’il lui va si bien, tout en se mettant à la page niveau banger sur Port of Miami II album prévu cette année. Tenez-vous prêt.